Septembre 1999. Nouveau département, nouvelle maison, nouvelle maîtresse. Emmanuelle. Je me souviens de son énorme salopette en jean, de son ventre rond, de sa voix à demi-cassée, et des puzzles dans le fond de sa petite salle de classe. Premier jour d'école. Je suis perdue, je cherche, des gens, de la compassion, du réconfort. Je trouve. Chez deux personnes. Pauline, avec ses yeux foncés et mystérieux, et toi. La petite rigolotte, au rire désesperement aigu, que tout le monde aime bien, mais qui parait pourtant tellement seule. Je te raconte Arras, mon ancienne maison, le beffroi et sa hauteur vertigineuse, nos accents, et ma famille restée loin. Tu me racontes ta vie, les élèves, le village, l'école et le reste. Je me sens bien.
Septembre 2000. Grande section. Marylène et ses cheveux trop courts. Plus de Pauline dans ma classe. Toujours toi. On se qualifie de meilleure amie. On se promet de se donner toutes nos vies. C'est le temps des cavalcades dans le jardin, des cabanes improvisées, et du bonheur jusqu'en haut du coeur.
Septembre 2001. CP. Le passage dans la grande cours. Le déchiffrage des paquets de kellogs pour apprendre à lire ensemble. Glucides. Lipides. Incompréhensible. On rigole. C'est le temps de la marelle, des dessins à la craie sur nos routes, sur nos vies...
Septembre 2002. L'amitié absolue, avec ses minis querelles, et tout ce qui va avec. La neige qui tombe, et qui nous glace ensemble...toujours ensemble. Je me perds dans l'immensité de tes yeux. Tu deviens le pot de colle, la fille chiante par excellence. Et j'adore ça. C'est le temps des chansons sur le banc, au fond de la cours. Le temps des garçons, et des pactes d'amitié censés nous lier jusqu'au bout. Au bout de quoi ? On n'en sait rien, et on s'en fou.
Septembre 2003 et 2004. Eléments perturbateurs dans ma vie. Je m'effondre, coule, me noie. Tu plonges, et me rammènes à la surface. On ne se quitte plus. Tu me fais sortir de mon trou, chanter, rire, danser, vivre...
Septembre 2005. Dispute. On se perd, je te cherche, sans te trouver. Je m'enferme dans ma carapace, tu m'oublies, c'est fini. Oui, c'est ça. C'est fini.
Septembre 2006. 6ème. Première année séparée. Je suis seule dans une classe où je ne connais personne. Je passe l'année à essayer de retrouver mon anciennement inséparable. Sans succès. Tu as quelqu'un d'autre. C'est le temps des regrets, des pleurs, et des souvenirs qui se font flous. C'est le temps de l'orage qui s'abat sur les restes de nous. Il ne reste qu'un toi et moi timide, et dénué de sens. Et tu me manques.
Septembre 2007-2008. 5ème, 4ème. Même classe, mêmes profs, et mêmes amies. On redevient NOUS. Toi et moi n'existe plus, et on l'oublie. NOUS reprend le dessus, il nous attrape et nous lie. Tout est simple. C'est le temps du bus, et des retour à pied jusque chez toi. C'est le temps des remémorations de notre école, de notre enfance, de nos souvenirs qui réapparaissent. Tu es mon tout. Je ne te confie rien. Tu devines tout.
Septembre 2009. 3ème. Séparées, à nouveau. Moi en A, toi en B. Je ne te parle plus à distance en cours de techno, je ne te souffle plus les réponses à l'autre bout de la classe en cours d'anglais. Mais NOUS est toujours là. Parce que l'inverse serait inconsevable. NOUS rentre toujours à pied ensemble. C'est le temps des films d'horreur dans la vieille maison abandonnée, et de ta main broyant la mienne, dans un moment d'angoisse. Le temps de la G.R.S, des soirées entre amis, des photos dans ton jardin... C'est notre temps.
Et demain...Demain...C'est Tellement loin.
Camille, la seule vraie meilleure amie qui restera là jusqu'au bout. Au bout de quoi ? On en sait rien, et on s'en fou.